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    CNR: Canadian National Railways, le premier réseau pan-canad

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    Carl Fiset
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    proutporut CNR: Canadian National Railways, le premier réseau pan-canad

    Message par Carl Fiset le Dim 11 Nov - 0:33

    www.broadcasting-history.ca

    Le premier réseau du Canada: Radio CNR

    Dans les années 1920, alors que les stations radiophoniques proliféraient aux quatre coins du pays, l'arrivée d'un joueur inopiné, les Chemins de fer nationaux du Canada, et l'intuition visionnaire de son deuxième président, Sir Henry Thornton, imprimèrent un ordre nouveau aux activités improvisées de la jeune radiodiffusion canadienne.

    Thornton, un américain anglicisé, avait rapidement acquis la réputation d'un gestionnaire compétent et peu conventionnel au sein des compagnies ferroviaires de Pennsylvanie et de Long Island, aux États-Unis. Le rôle qu'il joua dans la résolution des problèmes du Great Eastern Railway, qui desservait un territoire densément peuplé au nord-est de Londres, en Angleterre, lui valut plus tard la célébrité internationale. Le roi George V le fit chevalier pour avoir coordonné la division de transport du corps expéditionnaire britannique en France pendant la Première Guerre mondiale.

    Aussi accompli fut-il dans le domaine des transports, Thornton était un improbable candidat au rôle de parrain chargé d'établir l'infrastructure du réseau national de radiodiffusion qui allait devenir la SRC. Mais l'homme n'était pas un cadre ordinaire. Grâce à sa propre détermination, il s'est taillé une place dans l'histoire de la radiodiffusion de ce pays qu'il vint à aimer tendrement. Mais il a chèrement payé sa vision. Se heurtant à des intérêts commerciaux et politiques, il fut chassé du Canada et, pendant un temps, on le dépeignit comme une menace pour son pays d'adoption qu'il ne cherchait pourtant qu'à servir.

    L'aventure canadienne de Thornton commença en 1922, lorsque le premier ministre Mackenzie King l'attira au Canada, non sans ruse, pour la plus grande mission de sa carrière. Dans la foulée des promesses trop ambitieuses du gouvernement libéral de Sir Wilfrid Laurier et de l'enthousiaste collaboration de nombreuses banques canadiennes et d'institutions financières britanniques, on avait bâti deux autres chemins de fer transcontinentaux plus tôt dans le siècle afin de briser l'impopulaire monopole du Canadien Pacifique. Malheureusement, il s'agissait d'un concurrent de trop.

    Des coûts de construction excessifs, un trafic insuffisant et l'exode de capitaux étrangers durant la Première Guerre mondiale causèrent la perte des deux nouveaux chemins de fer. Au bord de la faillite, ceux-ci mirent en péril les régions qu'ils avaient ouvertes et ébranlèrent les fondements même des grandes institutions financières qui avaient ajouté leur contribution aux fonds engagés par Laurier au nom du gouvernement du Canada.

    Ce fut au gouvernement conservateur de Sir Robert Borden de prendre les commandes et de protéger les contribuables ainsi que le secteur privé. La solution : placer sous le contrôle de l'État ces actifs de transport essentiels mais précaires, et les amalgamer à d'autres lignes que le gouvernement possédait déjà pour former les Chemins de fer nationaux du Canada peu après la Première Guerre mondiale.


    La radiodiffusion au service du CNR


    Sir Henry Thornton accepta le poste de président du CNR, le deuxième en titre, croyant bien pouvoir diriger l'entreprise comme une société à but lucratif, sans ingérence de l'État. Il entreprit immédiatement de fusionner les réseaux et les employés, rationalisant les activités et la gestion, et cherchant par tous les moyens à accroître le trafic et les recettes. La promotion était centrale à son programme. Thornton devait montrer au public que le CNR n'était pas " l'éléphant blanc du Canada ", comme on le croyait, et en transformer l'image aux yeux du personnel, des clients potentiels et des contribuables à qui le chemin de fer appartenait. Ce besoin de publicité favorable fut à l'origine de son intérêt initial pour la radio, en plein essor à l'époque.

    Thornton s'appliqua à exploiter la fascination du public pour la radio et à mettre celle-ci au service de ses besoins. Il y voyait une invention capable de faire entrer le nom et le message du CNR dans les foyers canadiens. Pour faire bien paraître le CNR et offrir un service qui se distinguerait de la radio de l'époque, il fallait s'y prendre avec méthode et classe. Ainsi, Thornton comprit qu'il était nécessaire de présenter un service radiophonique aussi bien coordonné et homogène que le chemin de fer qu'il cherchait à bâtir. Il s'agissait de remplacer la programmation rudimentaire des premières stations - décriée par les critiques pour démontrer que la radio n'était qu'une fantaisie passagère - par un produit de qualité, diffusé sur le vaste territoire du CNR.

    Le 1er juin 1923, Thornton annonça la formation d'un service de radiophonie et en confia la direction à W.D. Robb, vice-président de la colonisation et du développement. W.H. Swift junior, un ingénieur radio expérimenté, fut embauché comme chef de service. Le premier employé affecté au nouveau projet fut Jack Carlyle, qui avait débuté sa carrière en 1913 à titre de vérificateur des comptes du trafic marchandises au Grand Trunk Railway, l'un des prédécesseurs du CNR.

    À la Chambre des communes, le ministre des Chemins de fer et des Canaux expliqua la mission du chemin de fer en ces termes: "Fournir un moyen de communication entre les dirigeants du chemin de fer et le public; faire la promotion du Canada et des Chemins de fer nationaux du Canada; divertir les passagers des trains de long parcours et les clients des hôtels de la Compagnie; et, plus généralement, rendre le service ferroviaire plus attirant pour le public. En tant que moyen de publicité, la radiotéléphonie demeure inégalée, et la direction croit que la création d'un service de radiophonie constitue un pas exceptionnel et constructif pour les activités ferroviaires."
    La radio du CNR bâtit sa réputation

    Le CNR pouvait déjà se targuer d'être l'une des entreprises les mieux placées pour s'embarquer dans une telle aventure. La Compagnie exploitait le système télégraphique le plus important du pays, une " grille de lignes à longue distance " qui allait permettre d'établir un réseau de grande distance et de diffuser la programmation simultanément à toutes les stations rattachées au réseau.

    Par ailleurs, le CNR et ses prédécesseurs avaient participé à des expériences ayant trait au sans-fil. En 1902, Sir Ernest Rutherford, alors professeur de physique à l'Université McGill, envoya ce que l'on disait être le premier message télégraphique sans-fil du monde à partir de l'International Limited du Grand Trunk, qui faisait la navette Toronto-Montréal.

    L'été avant l'arrivée de Thornton, le service de télégraphie du CNR avait pris part à des démonstrations radiophoniques à Toronto et dans les environs. En collaboration avec la Compagnie Marconi du Canada, le CNR avait transmis des émissions spéciales depuis son bateau à vapeur naviguant sur le lac Ontario, le S.S. Dalhousie City, jusqu'à un wagon muni de matériel radio exhibé à l'Exposition nationale canadienne. On fit d'autres essais à bord des trains voyageurs du CNR, dans le triangle Montréal-Ottawa-Toronto. Les auditeurs écrivirent au CNR, indiquant qu'ils avaient entendu ces émissions sur une distance de plus de 150 kilomètres.
    La radio à l'assaut du rail

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    Thornton était passé maître dans l'art de la promotion, et la radio devint en peu de temps son arme de prédilection pour asseoir la réputation de la Compagnie. Pour l'inauguration du parc national du Mont McKinley, en Alaska, le Brooklyn Daily Eagle envoya par le CNR une délégation spéciale, de Montréal à la côte Ouest. À cette occasion, le chemin de fer avait muni un wagon panoramique d'équipement radiophonique. Le 23 juillet 1923, les membres de la délégation quittèrent la gare Bonaventure au son de la musique et des salutations diffusées dans le cadre d'une émission spéciale depuis les installations louées de CHYC, la station montréalaise de Northern Electric. On parla de l'émission partout au Canada, et le quotidien de Brooklyn, très influent à l'époque dans la région new-yorkaise, accorda une importante couverture à la nouvelle.

    On installa des récepteurs radio, des haut-parleurs et des casques d'écoute dans les wagons panoramiques et les voitures-salons des 16 trains " baptisés " du CNR, par exemple le International Limited (Montréal-Chicago), le Ocean Limited (Montréal-Halifax), le National (Toronto-Winnipeg) et le Continental Limited (Montréal-Toronto-Vancouver). On embaucha des opérateurs chargés de syntoniser des postes canadiens locaux ainsi que des stations américaines à grand rayonnement, dont WEAF de New York, WJW de Détroit, KDKA de Pittsburgh, et WGN de Chicago.

    Un événement plus important encore se produisit dans les six premiers mois d'exploitation de la radio du CNR. À bord du train le menant de Montréal à Ottawa, le 9 octobre 1923, l'ex-premier ministre de la Grande-Bretagne, David Lloyd George, écouta une émission spéciale de nouvelles internationales. Il fut interviewé sur les ondes par des reporters canadiens, américains et britanniques. Cette fois-ci, le CNR se retrouva à la une des deux côtés de l'Atlantique.

    L'année se termina sur ce que l'on croit être la première radiodiffusion réseau commerciale régulière. Le 30 décembre, depuis la station montréalaise de Northern Electric, CHYC, et la station OA de l'Association radio d'Ottawa, on présenta dans les deux villes une émission spéciale de discours et de musique commanditée par le CNR.

    Après avoir démontré la faisabilité technique de la radiodiffusion sur l'ensemble du réseau, le CNR se concentra sur l'amélioration de la programmation. Les opérateurs à bord des wagons munis d'une radio se plaignaient non seulement de la difficulté de syntoniser des stations canadiennes éloignées à faible rayonnement, mais aussi de la rareté d'émissions de qualité suffisante pour divertir les passagers. Sir Henry ne fit ni une ni deux : le CNR devait intervenir directement dans la réalisation d'émissions fiables et intéressantes.


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    Carl Fiset
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    proutporut Re: CNR: Canadian National Railways, le premier réseau pan-canad

    Message par Carl Fiset le Dim 11 Nov - 0:42

    www.broadcasting-history.ca

    Le réseau radiophonique du CNR prend forme

    Les dépenses de Thornton étant soumises à l'œil scrutateur du public et de l'État, Thornton permit à son service de radiophonie de créer un réseau rentable qui comprendrait un nombre limité de stations dont le CNR allait être propriétaire, et un groupe beaucoup plus imposant de stations existant déjà un peu partout au pays. En 1924, le CNR reçut du ministère des Transports des licences d'exploitation pour trois de ses propres stations de 500 watts et plusieurs licences pour des " postes fantômes " dont les installations et les fréquences seraient louées auprès de stations privées sélectionnées. La première station du CNR fut CKCH Ottawa, dont la programmation limitée fut lancée le 27 février 1924. On installa le studio au premier étage de l'immeuble Jackson et l'émetteur de 500 watts ainsi que les tours, sur le toit.

    L'indicatif d'appel posa problème. Le CNR voulait utiliser ses propres initiales mais apprit, en déposant sa demande, qu'une entente internationale avait permis au Maroc d'utiliser ces lettres. Avec l'aide du gouvernement fédéral, on obtint que le Maroc accepte de céder son indicatif, et CKCH devint CNRRO. Plus tard dans l'année, le chemin de fer inaugura la deuxième station dont il était propriétaire, soit CNRRA Moncton.
    Le rôle clé des radios privées

    Au cours de l'exercice financier 1924-1925, le gouvernement avait accordé 80 licences de radiodiffusion, mais on ne comptait que 44 émetteurs en fonction. Pour la plupart, il s'agissait d'installations exploitées par une seule personne et ne diffusant que quelques heures de programmation par jour. Certaines stations partageaient avec une autre la fréquence unique attribuée à leur ville, et l'une ou les deux louaient leurs installations à d'autres stations qui possédaient des licences fantômes (il y en avait 12 au Canada). Le partage des fréquences et du temps d'antenne par deux ou plusieurs détenteurs de licence contribuèrent à étendre la programmation locale dans les régions densément peuplées, pour le plus grand plaisir des auditeurs.

    Ces radiodiffuseurs en herbe ne demandaient pas mieux que de louer leurs émetteurs au CNR pour sa programmation réseau et de réaliser des émissions locales commanditées par le CNR pour qu'elles coïncident, si possible, avec le passage des trains du CNR dans leur zone de couverture. Dans certains cas, le CNR devait conclure des ententes avec deux stations dans une même ville. Malgré un chiffre d'affaires qui demeurait modeste, les stations étaient heureuses de diffuser des émissions qu'elles n'avaient pas les moyens de réaliser elles-mêmes. Bon nombre de gens partageaient la vision de Sir Henry Thornton, à savoir que la diffusion réseau ne donnait qu'un aperçu des grandes choses à venir.
    Le réseau de Sir Henry couvre l'ensemble du Canada

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    À la fin de 1924, les lignes télégraphiques du CNR reliaient les stations privées suivantes, qui s'identifiaient pendant le temps d'antenne loué par le CNR par les indicatifs d'appel fantômes suivants:

    Montréal CKAC (CNRM)
    Toronto CFCA et CKGW (CNRT)
    Winnipeg CKY (CNRW)
    Regina CKCK (CNRR)
    Saskatoon CFQC (CNRS)
    Calgary CFCN et CFAC (CNRC)
    Edmonton CJCA (CNRE)

    Plus tard, on ouvrit d'autres stations à Halifax, Saint John, Fredericton, Québec, London, Kitchener-Waterloo, Chatham, Brandon, Yorkton, Red Deer, Hamilton (deux), Toronto (une troisième) et Michigan.

    La première émission régulière réseau réalisée par Radio CNR fut diffusée d'un océan à l'autre le 27 décembre 1928.

    Au 31 décembre 1929, le réseau du CNR diffusait trois heures de programmation par semaine.

    En 1929, les charges d'exploitation de Radio CNR (les plus élevées jamais) s'établirent à 441 000 $, dont 55 000 $ (12,46 %) furent affectés à la location du temps d'antenne de stations privées - soit une moyenne hebdomadaire d'environ 57 $ dans chaque ville ayant une ou plusieurs stations participantes. Le cachet des artistes embauchés pour les émissions réseau et locales s'élevèrent à 117 000 $ (26,52 %).

    De 1923 à 1931, les dépenses en immobilisations totalisèrent 170 000 $, dont 135 000 $ pour la construction des stations (celle de Moncton coûta 25 000 $), et 35 000 $ pour l'installation de l'équipement radio à bord des trains.

    En 1931, le CNR acheminait les émissions sur ses propres fils télégraphiques aux trois stations qu'elle possédait et exploitait - Moncton, Ottawa et Vancouver -, et diffusait dans 19 autres villes canadiennes en louant du temps d'antenne auprès de stations privées.

    En règle générale, les diffuseurs privés appuyaient l'initiative du CNR. La Compagnie réalisait des émissions de qualité et contribuait au rayonnement des stations locales qui, à l'époque, ne pouvaient réaliser des émissions d'envergure, faute de personnel et de fonds. Grâce à la commandite du CNR pour les émissions locales (habituellement de nature musicale), des musiciens et chanteurs devinrent peu à peu des vedettes de la radio. De plus, les stations touchaient une petite somme pour les services de leur personnel et pour leurs installations.

    Thornton savait s'y prendre dans les relations avec le personnel - c'était d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles Mackenzie King lui avait proposé le poste -, et contribua à sa réputation en instaurant un régime de retenues salariales pour permettre aux employés du CNR d'acheter des postes radio au prix coûtant.




    On choisit son camp

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    Tout le monde semblait se réjouir des succès radiophoniques de Thornton, à une exception près. Les réalisations du CNR se faisaient largement au détriment de son concurrent, le Canadien Pacifique. Sir Edward Beatty, président du CP, était un conservateur convaincu et un homme prudent et tout aussi déterminé que son rival. À ses yeux, les efforts radiophoniques de Thornton se résumaient à des " trucs tapageurs " réalisés aux dépens des contribuables. Beatty s'acharnait à dépeindre le CP comme le contribuable le plus important du pays et, en tant que tel, estimait avoir son mot à dire dans les politiques du CNR.

    Thornton fut le premier à rejeter publiquement la revendication des droits, réels ou imaginés, du CP. Il utilisa sa tribune radiophonique pour défendre sa Compagnie, disant aux Canadiens : " Certains intérêts veulent empêcher la réussite du Chemin de fer du peuple. En jouant continuellement les fauteurs de troubles et en nous accusant à tort, ces gens espèrent décourager l'administration, les dirigeants et les employés. "

    Grâce à son audace, le CNR marqua des points aux dépens de son adversaire. Les trains de voyageurs du CP n'étaient pas munis d'équipement radio, et les passagers des coûteuses voitures-salons et voitures-lits préféraient les trains du CNR à ceux du CP. Il n'en fallut pas plus pour irriter le CP, qui s'opposait à l'existence même du CNR et voulait que le chemin de fer lui soit loué ou placé sous sa direction. Selon des historiens, l'antipathie de Beatty à l'égard de Thornton venait du fait qu'il avait brièvement songé à l'embaucher, mais s'était fait couper l'herbe sous le pied par le CNR en raison de sa lenteur d'action. On ne peut qu'imaginer la colère grandissante de Beatty devant ce Thornton qui lui volait la vedette.

    En outre, le CP rata sa chance d'attaquer les projets d'expansion de Thornton sur un autre plan. Pour transformer son réseau en un véritable réseau transcontinental et améliorer le système télégraphique du CNR, Thornton avait insisté pour qu'on installe un système " à courants porteurs " afin d'acheminer simultanément 24 signaux de fréquences variables sur une paire de câbles de cuivre. On augmentait ainsi la capacité de transmission du télégraphe, mais surtout, on élargissait la bande de fréquence, améliorant du coup la qualité de la voix radiophonique et de la transmission musicale. Le CP avait tardé à entreprendre ce projet, et fut encore une fois éclipsé.
    L'émission qui a fait date

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    Radio CNR n'aurait pu diffuser son émission la plus remarquable sans la transmission par fil à courants porteurs. Pour souligner le 60e anniversaire de la Confédération, on célébra le Jubilé de diamant de la Confédération sur la colline du Parlement, le 1er juillet 1927. Dans sa première transmission d'un océan à l'autre, Radio CNR présenta la célébration en trois parties sur les ondes de 23 stations canadiennes, des stations NBC aux États-Unis et de la BBC, par le service sur ondes courtes haute vitesse de Marconi, qui la rediffusa en Grande-Bretagne et en Europe. On estima que plus de cinq millions d'auditeurs captèrent l'émission.

    Le succès de cette radiodiffusion était en grande partie attribuable au système à courants porteurs, qui rejoignait maintenant Winnipeg à l'ouest. En deux ans, le système allait se prolonger jusqu'à Halifax et à Vancouver, permettant à Radio CNR de diffuser ses émissions régulières sur l'ensemble du pays.

    Beatty fut piqué au vif par les éloges formulées à l'endroit du CNR pour cette radiodiffusion. L'ironie du sort a voulu que son service télégraphique et des compagnies de téléphone locales aient fourni une partie des circuits nécessaires pour transporter le signal jusqu'à certaines stations. Or, pas un seul mot de remerciement ne fut adressé au CP. Beatty s'était rendu compte trop tard qu'il n'avait pas su reconnaître l'utilisation et l'avenir de la radio. Il annonça que sa compagnie allait attaquer le CNR de front : le CP allait non seulement reproduire mais aussi surpasser la couverture radio du CNR grâce à 11 émetteurs à grand rayonnement possédés et exploités par le CP.

    Dans une soumission datée du 17 janvier 1930, le CP demandait l'autorisation d'installer sept émetteurs de 50 kW dont les ondes voyageraient jusqu'à Vancouver, Edmonton, Regina, Winnipeg, Toronto, Montréal, et soit Halifax ou Saint John, et quatre émetteurs de 15 kW pour alimenter Fort William, Sudbury, Québec et Prince Albert. Toutefois, le 2 avril, on retira huit demandes d'émetteurs jusqu'à ce qu'une décision soit prise par le Parlement (relativement à l'avenir de la radio). Il restait donc trois demandes se rapportant aux stations de Toronto, Montréal et Winnipeg, mais on n'en entendit plus jamais parler.

    À la même date, on accorda au CP une licence de station fantôme (CHRY, qui devint plus tard CPRY), qui serait établie dans les studios du nouvel hôtel Royal York de Toronto, et qui louerait du temps d'antenne pour ses émissions diffusées sur CKGW ou CFRB.

    Le bruit courait que le CP négociait avec NBC et CBS, qui cherchaient à étendre leur programmation au Canada. CKGW et CFRB avaient déjà conclu une entente d'affiliation relativement à la diffusion d'émissions sélectionnées de NBC et de CBS.


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    proutporut Re: CNR: Canadian National Railways, le premier réseau pan-canad

    Message par Carl Fiset le Dim 11 Nov - 0:47

    www.broadcasting-history.ca

    Va-t-on nationaliser la radio canadienne?

    Pendant que ces événements se déroulaient, on débattait toujours de la politique nationale sur la radiodiffusion. Plusieurs nationalistes influents étaient favorables à la création d'un réseau financé par l'État capable de faire obstacle à la politique américaine de la " destinée manifeste " de la radio. Certains Canadiens, notamment ceux qui syntonisaient les stations américaines nuit et jour, surtout dans les villes frontières, s'inquiétaient de leur mercantilisme criant.

    La formation de l'Association canadienne des radiodiffuseurs (ACR) en 1928 s'est partiellement faite en réponse à la menace de la nationalisation de la radio. Si de nombreux membres originaux de l'ACR, dont Radio CNR, s'opposaient à la reproduction sur grande échelle du système américain, quelques uns commençaient à remettre en cause le système du CNR lui-même. Selon les partisans de la nationalisation, le service radiophonique de Thornton représentait un moyen facile de transformer complètement les ondes en propriété publique. Alors que les camps se formaient, Thornton annonça à regret que son organisation allait se retirer de l'ACR. Plusieurs autres radiodiffuseurs privés qui avaient une étroite relation de travail avec le CNR l'imitèrent, notamment la station CFCA du Toronto Star.

    Réagissant au débat qui s'échauffait, Mackenzie King institua une commission royale le 6 décembre 1928, " afin d'examiner la situation de la radiodiffusion au Canada et de formuler des recommandations au gouvernement quant à l'administration, la gestion, le contrôle et le financement futur de la radiodiffusion. " Présidée par Sir John Aird, président de la Banque de Commerce, la commission examina le système radiophonique et les réseaux de radiodiffusion aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Irlande, en Allemagne, en France et en Belgique, dans l'intention d'ébaucher un modèle pour la restructuration de la radio canadienne.

    Les travaux de la commission royale se poursuivirent en 1929, et l'expansion de Radio CNR continua à aller bon train au cours de cette dernière année de prospérité. Grâce à la mise en œuvre progressive du système à courants porteurs, il fut possible de créer plusieurs réseaux régionaux. De nouvelles ententes de stations fantômes furent conclues, et le système fut étendu jusqu'à Québec et à Red Deer. Avec CNRRX Toronto, la compagnie put diffuser grâce à l'émetteur à grand rayonnement de CFRB.

    Le CNR poursuit son æœuvre de pionnier


    Le CNR construisit également ses propres installations dans les villes où il devait compter sur ses licences fantômes pour la transmission. On érigea de grands studios modernes : au King Edward Hotel, à Toronto, dans le propre hôtel du CNR à Halifax, le Nova Scotian, et au King's Hall Building, sur la rue Sainte-Catherine ouest, à Montréal. C'est de là que les émissions étaient transmises aux émetteurs des stations fantômes, puis diffusées localement. En 1925, la troisième station appartenant au CNR, CNRRV, fut mise en ondes à Vancouver depuis l'impressionnante gare de voyageurs; elle se proclama fièrement " la voix du Pacifique ". Le 1er décembre 1929, avec le système à courants porteurs opérationnel de l'Atlantique au Pacifique, la programmation radiophonique du CNR devint réellement nationale.

    Il fallait améliorer et élargir la programmation. On diffusait en français depuis l'ouverture de la station fantôme CNRRM Montréal, en 1924. À compter de 1927, on présentait également des émissions en langues autochtones sur CNRRO Ottawa et CNRRW Winnipeg. À CNRRA Moncton, on mettait en ondes des émissions musicales au goût des habitants des provinces de l'Atlantique, par exemple des concours de violoneux, et on les diffusait sur l'ensemble du réseau. CNRRT Toronto signa une entente exclusive avec le prestigieux Hart House String Quartet et l'Orchestre symphonique de Toronto, pour une série de 25 concerts radiodiffusés. CNRRV Vancouver lança plusieurs émissions célébrant le centenaire de Beethoven. CNRRM Montréal réalisa des productions complètes d'opérettes de Gilbert et Sullivan, avec orchestre complet et chœur d'une cinquantaine de voix. Enfin, on invita d'Angleterre Sir Tyrone Guthrie pour diriger une série dramatique à gros budget, The Romance of Canada, commanditée par Imperial Oil.
    Exit King - Entrée Bennett


    Le 11 septembre 1929, la commission Aird remit son rapport sur l'avenir de la radio canadienne. On félicitait Radio CNR pour la qualité de son travail, mais on recommandait néanmoins l'établissement d'un réseau national fondé sur le système du CNR. Mackenzie King accepta cette recommandation, malgré les objections des radiodiffuseurs privés. Elle aurait pu être mise en œuvre n'eut été de deux événements. Le krach boursier de Wall Street se produisit seulement deux semaines après le dépôt du rapport Aird. Le gouvernement et l'entreprise privée prirent sur-le-champ la résolution de se serrer la ceinture le temps que passe cette crise économique qu'ils croyaient temporaire.

    L'élection fédérale du 7 août 1930 enfonça le dernier clou. Les libéraux de Mackenzie King avaient malheureusement été au pouvoir au moment du déclenchement de la Grande Crise. De même, un scandale mineur avait éclaté autour d'un ministre de King.

    Les libéraux furent défaits par les conservateurs, R. B. Bennett à leur tête, dont la plate-forme électorale reposait sur la fin de la corruption gouvernementale et le retour à la prospérité grâce à la réduction des dépenses publiques et à l'esprit de libre entreprise. Le Canada venait aussi d'élire un chevalier servant du CP. Bennett ne s'opposait pas seulement à la propriété publique, mais avait aussi servi à titre de conseiller juridique auprès du CP. Les ennemis jurés du CP, c'est-à-dire le CNR, Thornton et son service radiophonique, se trouvaient maintenant dans le collimateur de la nouvelle administration gouvernementale. On s'inquiétait même que Thornton, vu sa popularité, serait un jour tenté de faire le saut en politique, sous la bannière libérale.

    Les conservateurs, s'attaquant à Thornton, le décrivirent comme un mauvais administrateur des fonds publics et un bâtisseur d'empire. On brandissait l'exemple de la radio pour illustrer son gaspillage. Pas un mot, par contre, sur le fait que le CP avait dépensé autant d'argent que le CNR, sinon plus, et avait même été jusqu'à promettre tardivement la reproduction de Radio CNR. Thornton avoua ouvertement que les deux sociétés avaient agi " comme il est habituel pour tous les chemins de fer qui se livrent concurrence ". Mais les dépenses engagées dans les années 1920 étaient perçues, la décennie suivante, comme du gaspillage éhonté.
    La fin tragique de Sir Henry Thornton


    La création de la Commission royale sur les chemins de fer et le transport, en 1931, marqua la chute de Thornton. L'été suivant, il fut contraint de démissionner par un groupe de députés conservateurs que l'on vint à surnommer la brigade des démolisseurs. On lui retira même sa rente de retraite. Comme le disait à l'époque un député libéral, " le gouvernement du Canada ne s'est jamais si mal conduit à l'égard de quelqu'un. " D'une timidité peu typique, Thornton refusa de se battre contre l'administration Bennett à un moment crucial. Il chercha une sortie tranquille. Lorsque les députés libéraux lui demandèrent de rendre ses documents personnels, il les brûla plutôt que de les voir servir à des fins politiques.

    La nuit du 1er août 1932, à la gare Bonaventure de Montréal, Thornton et sa femme montèrent à bord de sa voiture privée, bien sûr munie de la radio, à destination de New York. S'acharnant méchamment sur le sort de Thornton, le gouvernement Bennett força la main à une importante banque canadienne pour qu'on lui retire son siège au conseil, puis ruina ses chances de diriger l'Indian State Railways. Appauvri, il mourut du cancer à New York le 14 mars 1933, le jour même où il devait se rendre à Montréal pour une réception donnée en son honneur par les employés du CNR. Les syndicats du chemin de fer organisèrent des campagnes musclées contre chacun des membres de la brigade des démolisseurs, et ils eurent le plaisir de les voir tous défaits, Bennett compris, aux élections fédérales de 1935.

    Or, le rapport publié par la Commission royale sur les chemins de fer six semaines seulement après le départ de Thornton n'était pas aussi dévastateur qu'on aurait pu s'y attendre. Le CP était jugé aussi coupable que le CNR dans son expansion. Les commissaires critiquèrent certaines dépenses du CNR, mais soulignèrent qu'elles avaient été approuvées par le Parlement, qui n'avait " exercé aucune retenue importante sur les estimations soumises par le chemin de fer. " À la consternation du CP, le rapport ne contenait pas un seul mot défavorable à l'égard de Radio CNR.

    L'administration Bennett ne porta pas le coup fatal au projet de radio de Thornton, comme le CP l'avait espéré. Bennett avait dû se distancer du CP, surtout devant l'approbation publique du travail de Thornton, et s'opposait farouchement à un monopole dans les transports au Canada. Il avait même cru bon, durant sa campagne électorale de 1930, de répéter le célèbre énoncé : " Longue vie à la concurrence; mort aux fusions! "

    Le CP se tira dans le pied en favorisant un réseau fonctionnant essentiellement comme une filiale nationale de NBC ou de CBS. Bennett était un nationaliste convaincu. Plusieurs personnages influents favorables à l'établissement d'un système de radiodiffusion national qui serait la propriété de l'État utilisèrent ce nationalisme à leur avantage. Alors que sa popularité chutait, Bennett épousa tardivement les politiques progressistes qui valurent à Franklin D. Roosevelt la présidence américaine.
    Radio CNR cède la place à la Commission canadienne de radio-diffusion

    Le 18 janvier 1933, Bennett nomma les trois membres de la Commission canadienne de radio-diffusion (la future SRC), à qui l'on confia la mission de bâtir un nouveau réseau national. La Commission allait acheter les installations du CNR et acquérir ses licences. La radio privée demeurait, mais elle ne pourrait exploiter ses activités qu'à l'échelle locale et qu'en collaboration avec le réseau de la Commission. Les affiliations américaines du réseau à Toronto, Montréal et Windsor firent l'objet d'une clause d'antériorité. La réglementation de toute la radiodiffusion allait relever de la Commission.

    Le passage du CNR à la Commission se fit par étapes et, le 1er avril 1933, le système radiophonique du CNR disparut, mais en nom seulement. En échange de 50 000 $, la Commission canadienne de radio-diffusion devint propriétaire des trois stations que possédait le CNR, des studios montréalais et du matériel de contrôle installé à Winnipeg. On ferma CNRRA Moncton, jusqu'à son déménagement dans une nouvelle station, plus puissante, à Sackville, au Nouveau-Brunswick. En vertu de la Loi sur le National-Canadien et le Pacific-Canadien de 1933, les deux sociétés commencèrent à mettre en commun leurs activités télégraphiques. Le jour où le CNR se déposséda de son réseau radio, les deux chemins de fer signèrent un contrat visant à mettre leur système télégraphique à courants porteurs à la disposition de la Commission pour diffuser pendant quatre heures tous les soirs une programmation non commerciale, ainsi que des émissions éducatives pendant une demi-heure additionnelle chaque jour de semaine. La Commission diffuserait ainsi sur 39 stations dans 34 villes. Le CNR, en tant que fournisseur des lignes de grande distance, allait indirectement participer à la radiodiffusion pendant encore 50 ans.

    Après avoir quitté le Canada, Thornton écrivit à son bon ami John Dafoe, rédacteur en chef du Winnipeg Free Press, " L'avenir jugera de ma réputation; une fois étanchée la soif de sang de la vindicte politique, je pense que justice sera faite. Quoiqu'il en soit, l'administration subséquente héritera d'un bien de loin supérieur à celui qui m'a été donné…"


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    proutporut Re: CNR: Canadian National Railways, le premier réseau pan-canad

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